
Automne

"18 heures venait d'arriver, mais la saison était telle que l'on ne savait pas quand il faisait jour ou nuit. Tout était gris autour, le ciel était d'un blanc sale constant, seuls parvenaient à se faire voir dans les rues, difficilement, les bâtiment et les poteaux électriques. Quel comble pour nous qui les avions crées ! Je marchait, les mains dans les poches de mon gros manteau fourré, par l'habitude, le froid était devenu un ami, mais un ami très violent, qui vous meurtrissait sans raisons à chaque moments. On se voyait à peine dans les rues, les gens, pressés par le froid, rentraient vite chez eux. Moi c'était l'inverse, je me dirigeais chez mon disquaire. Grande fut la surprise et la frustration quand l'enseigne était aussi éteinte qu'un écran noir, et que le rideau de fer était fermé. Il était parti le con ! Sans rien me dire ! 3 ans qu'il était ici, que je venais tout les jours chez lui, et du jour au lendemain, il s'enfuit ! J'attrapais la grille, la forçait, essayait de la faire s'ouvrir, même si je savais pertinemment que c'était inutile. Ça m'attristait au fond, je l'aimais bien ce gars, et puis, c'était devenu une habitude de venir ici et de parler musique, livre, actualité avec lui. Il y avait de tout dans sa boutique, et c'était devenu un rituel pour moi d'aller le retrouver, dans sa boutique « La Bonne Entente ». Je rebroussais chemin, aussi maussade que le temps, quand je vis une étincelle. Ce n'était pas un miracle ou quelque chose du genre,on aurait pu imaginer une étoile qui, doucement, se serait posée sur Terre, comme un signe, mais non, faut pas s'attendre à ce genre de chose dans la vie. C'était un poteau électrique, plus grand que les autres, qui avait un câble à moitié sectionné, laissant s'échapper des étincelles agiles et désordonnées, sautant vite dans le vide pour disparaître vite. Ça me fascinait, je n'aurais su dire pourquoi, voir ces petites lueurs sortir indépendamment, j'aurais bien aimé faire comme elles, même mon disquaire avait su faire, il était parti, tout simplement. Tout partait, j'aurais voulu partir moi aussi. Mais qu'est-ce qui m'en empêchait ? C'était une sorte d'effet miroir, je souffrais de cet envie de liberté. J'avais passé 3 ans à parler avec mon disquaire, on avait parler des étoiles, des planètes, des pays d'Afrique et d'Asie, des grandes routes Américaines et Européennes, des scènes qui fleurissaient un peu partout, des montagnes impitoyables mais magnifiques, et j'aurais pu, au lieu d'en parler, les voir toutes ces choses ! Je disais donc, je souffrais de cette envie de liberté, mais je m'était toujours dit que c'était de la lâcheté, c'était immature, comme on me l'avait toujours dit, de vouloir fuir son quotidien. Ces braises, qui s'écoulait devant moi, m'avouèrent que le secret était de savoir ce qu'on faisait, il n'était pas question de maturité ou de lâcheté, le lâche c'est celui qui fuit, or, j'avais fuit le monde pendant tout ce temps, j'y pensais fort, mais je ne l'avais même pas vu. Perdu dans ces pensées révélatrice, une voix chaude comme un bon café en plein hiver m'interpella, me demandant où était la gare. Je me retournais, et je vis, emmitouflées dans une cape couleur d'automne, les yeux fixant et interrogateur, je me demandais son nom, et elle répéta : « Tu pourrais m'indiquer la gare s'il vous plaît ? J'ai un train qui part dans 30 minutes. Et je m'appelle Ambre si ça t’intéresse » avec un sourire qui laissa apparaître l'Espace sous mes yeux. Je lui souris, je venais, en 30 minutes, de trouver "la révélation de ma vie" et de rencontrer quelqu'un qui paraissait confirmer cette révélation.
« Je peux t'y emmener si tu veux, tu pars où ? »" [...]
par Mr. Kanard