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Chute à Tâtons

Premier jour.

Noir. Le noir fait partie intégrante de moi, depuis hier je crois. Enfin, je ne sais pas vraiment, je n'ai plus de notion du temps. J'ai trouvé mon enregistreur, dans ce que je crois être un sac, qui était en bandoulière sur mon corps. Je me souviens l'avoir acheté quand je voulais commencer à percer dans le journalisme. Je raconterais tout dans ce petit objet, toutes mes pensées et perceptions, tout ce qui me passera par la tête, je dirais tout, jusqu'à ce que je n'ai plus de batterie. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs, quelques rêves et des sensations.. Je sais que j'étais journaliste. Je fais souvent un cauchemar. Quand je dis souvent, je devrais plutôt dire à chaque fois que je dors.

Je me vois sur une plage, déserte et le sourire au lèvre, en face de moi, l'Océan. L'Océan de mes rêves, qui me trouble depuis ma naissance, et que je n'ai jamais cessé d'imaginer. Puis d'un coup, la température descend, j'entends des voix. Le brouillard s'abat tout autour de moi, et les vagues se font plus grandes ! Des cris viennent, de partout ! A droite, à gauche, dans le ciel, venant des nuages, j'entends même l'Océan émettre un rire, venu des profondeurs, sorti de ses entrailles pour saper mes rêves. Les cris se font hurlements, je les perçois jusque dans ma tête, j'ai mal et ma vue se brouille. À ça se mêle les bruits de quelqu'un qui court dans le sable, mais je ne vois personne, je suis seul ! Et puis je me réveille, transpirant, réconforté par la seul obscurité, qui est, j'en ai bien peur, éternelle.

Un jour, j'ai voulu essayer de me lever, et de partir. Ne sachant pas ce qui il y avait autour de moi, j'ai d'abord appuyé mes deux mains sur le sol, puis progressivement, je me suis redressé. Jusqu'à là, tout était bien allé, mais le plus gros restait à venir. Je devais maintenant avancer, sans repères, trouver des gens comme moi, qui m'aideraient à trouver un sens, qui s'occuperaient de moi, et qui peut-être me soutiendraient pour recouvrer la vue. J'ai fais un petit pas, tremblant, puis un autre, les bras tendus devant moi.

Le crissement de mes chaussures sur le sol, comme si des petits cailloux étaient sous mes pieds, je crois que j'étais sur du gravier. Une route ? Je tourne sur moi même, comme si cela m'aurait aidé à me repérer. Je me remet en marche, je sens la peur, dans mon cœur, la sensation d'être au bord d'une falaise, le frémissement des épaules et de la mâchoire, je me serais pissé dessus tellement je flippais. Je m'arrêtais, essayant de capter le moindre bruit. Mais je suis con ! Pourquoi je n'en faisais pas moi du bruit ?! Je me mis alors à hurler, appeler, peut m'importait la personne, je voulais seulement me sentir moins seul. Quitte à me résigner à mon handicap, je voulais juste quelqu'un pour être avec moi. Cette pensée réchauffa mon cœur, je revoyais un de ces rêves, où une femme me tenait la même, me souriant, je crois que c'était l'un des meilleurs rêves dont je puisse me rappeler. J'aurais tout donné pour que cette femme soit ici, me tienne la main pour me guider et m'emmener en sécurité.

par Mr. Kanard

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