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Les Assoiffés de la Liberté

par Mr. Kanard

La nuit, c'est vraiment un truc bien. En fait, c'est comme si, peu importe les problèmes qui allaient venir, tu es tiré par une force, comme les voitures qui passaient en trombe à côté de moi étaient poussées par leur moteur. Tandis que j'avançais, je me faisais parfois klaxonner par des passants, et je m'efforçais donc de rester le plus possible derrière les lignes blanches peintes au sol. Mon ventre était comme un trou, je sentais tout types de sensations faire surface, qui passaient dans mon corps comme des feux, je ressentais un vide intérieur, et pourtant, je ressentais en même temps l'euphorie du début de mon épopée. J'avais pour bagages deux sacs, un sur mon dos, et un que j'essayais de positionner sur mon épaule droite, sans compter qu'il me faisait mal au bout de 5 minutes.

Mon premier objectif était de changer de ville. J'aurais pu y aller en bus, sauf que je préférais marcher. C'était plus aventureux selon moi, quitte à partir à la conquête du monde, autant le faire du début jusqu'à la fin. Et puis ça coûte cher le bus . La venue de la majorité, ça signifiait pour beaucoup les emmerdes, le début dans la vie active, les impôts, les repas de famille, le permis, la voiture, l'appart, puis la maison, les idées d'avenir qui bouffent, que tu le veuilles ou non, le présent. Mais j'avais appris que dans la Vie, dans l'Univers, les choses comme le salaire qu'on touchait à la fin du mois et la popularité qu'on aurait auprès de gens qui n'en ont en fait rien à foutre de toi, c'était futile, et que si la Nature nous a doté d'un cerveau et d'une palette de pensées, d'émotions et de capacité aussi grande, c'était pour nous aider à accomplir nos buts. Je partais en petit rien que j'étais, mon pull de laine fait à la main, ramené par une amie et mon bonnet comme protection, à la recherche de question à la fois existentielles et universelle. J'étais aussi insignifiant pour le monde entier que je l'étais aux yeux des conducteurs qui passaient tels des étoiles filantes dans l'obscurité. Et au fond, je savais bien que je n'étais pas le premier à partir comme ça, et que je ne serais pas le dernier. Mais j'avais la volonté, j'avais la « foi », et la folie suffisante pour prendre la route.
Le panneau annonçait la ville suivante à 20 kilomètres.

Je marchais depuis 20 heures la veille, et quand j'arrivais aux bordures de la ville, le jour commençait à se lever, ça sentait bon la rosée matinale, et il manquait juste « Bucket of Rain » de Bob Dylan pour alimenter le cliché du traveler libre et sans frontières, mais à ce moment, c'était Bell Tap de Jewellers que j'écoutais, histoire de mieux apprécier la lumière qui découvre les masques et l'identité des gens de la nuit. À l'époque où j'allais en cours (en fait, je parle comme un vieux mais c'était il y a 6 mois) j'avais écris une phrase du genre « les seules frontières que nous connaissons/trons sont celles de l'Univers », et marcher dans l'herbe trempée, qui brillait grâce au Soleil ; comme un cadeau, une motivation à prolonger mes pas, un pied puis l'autre, malgré ma fatigue, était un début de preuve à ce que j'avançais.

Le panneau blanc et rouge, tacheté de la boue que les voitures projetaient par temps de pluies, se dressait fièrement, tel un chien bâtard qui se lève pour nous effrayer, affichait « Madlive ». C'était dans cette ville que je feras escale, on m'avait donné l'adresse d'un petit resto, qui penchait plus vers le bar miteux que le bistrot selon les rumeurs, dans le genre ou le patron nettoie son verre en crachant dessus, mais ça ferait l'affaire, c'était obligé de faire l'affaire, histoire de quelques jours, maximum un mois, pour me faire un peu d'argent.

Mes chaussures glissaient dans l'herbe trempée, mais ça n'aurait pas été un problème si je n'avais pas entendu dans les broussailles qui étaient à ma gauche des remuements, puis des grognements. « Merde ! » j'ai pensé. J'aurais pas pensé que l'on puisse avoir un problème aussi bête que celui d'un chien qui veut vous croquer. Un petit monstre, qui devait m'arriver juste en dessous des épaules si il était sur les pattes arrières (je mesurais 1m76) se mit face à moi, jouant de ses muscles noueux et de ses babines retroussées pour m'inspirer de la peur. J'avais toujours aimé les chiens, mais j'avais pas catégorisé les chiens-qui-sont-à-la-recherche-de-bouffe-et-qui-sont-hargneux. Je crois que j'allais pas trop l'adorer celui là... Et lui ne m'aimait déjà pas. Son regard noir et brillant voulait dire un truc du genre : « je vais te bouffer » . C'était marrant d'un côté, je pensais pas que les chiens c'était si sadique. Mais je l'ai vérifié quand il m'a coursé, encore plus quand j'ai glissé dans l'herbe...

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