
Les Lumières de la Ville

"Je marche, je marche, mais ça fait des siècles que je n'ai plus de direction précise. J'enchaînais les activités qui s'offraient à moi, mais toujours présent, au creux de mon estomac jusque dans ma gorge, ce feu brûlant, comme si j'étais perdu en plein désert, et que mon intérieur se rongeait, pourrissait, pour finir consumé en un petit tas de cendres noires et grises, qui s'envoleraient un jour au gré du vent, pour me dissoudre dans l'atmosphère, et me permettrait peut-être d'aller dans l'Univers. J'avais changé les fleurs qui reposaient, fanées, dans le vase de l'entrée. Les pétales étaient tachetés de noir, et l'eau dégageait une odeur rance, vieillit par les jours et le manque d'attention. Je les jetais dans la poubelle, et le bruit sourd qu'elles firent en tombant fut comme un gong. L'appartement était rempli d'un silence des plus pesant, et je voyais chaque scènes qui s'y furent passé s'engouffrer dans la poubelle en compagnie des fleurs mortes. Je regardais autour de moi, et la propreté était troublante, comme si derrière les murs et sous le parquet qui grince, dans les tuyaux vrombissant et dans le plafond repeint, l'appartement pleurait l'absence de ses propriétaires, en dégageant cette atmosphères étouffante et froide. Pourtant, la chaleur des lieux était toujours là, on la voyait sur le canapé rouge qui avait été recousu, sur les tableaux affichés le long du couloir, montrant des scènes simples et belles à voir, aussi réconfortantes que la nuit, quand on marchait à 3 heures du matin dans la ville illuminée, en se déplaçant heureux à travers les ombres et la lumière. Les toiles et photos avaient toujours cette aspect rassurant, mais comme les événements me l'avaient clairement fait comprendre, ils ne me paraissaient plus destinés. Je fis une dernière fois le tour de l'appartement, allant dans la chambre au lit impeccablement fait, qui me rappela irrémédiablement ces dernières nuits chaudes d'été, quand on pouvait écouter les voitures qui passaient au loin, en laissant la fenêtre ouverte pour capter une brise qui venait embrasser nos joues et les parties du corps qui n'étaient pas couvertes. Je vis mon reflet dans le miroir suspendu au dessus du lit, et le moment de partir se fit, pressant, angoissant même. J'allais jusque dans l'entrée, ouvrait la porte, et en envoyant un derniers baiser à cette pièce et tout ses souvenirs, je fermais cet appartement à clé et partis dans le silence de l'immeuble."
par Mr. Kanard