
Voyage et Répondeur

" L'inspiration coulait, sortait hors de moi comme si mon esprit s'échappait, des flots ardents, qui brûlaient tout sur leur passage, l'écume bouillonnante, comme une rage contenue, une maladie incurable qui envahissait l'esprit. Je passais l'après-midi à écrire, et le soir venu, quand le Soleil rattrapait ses rayons égarés pour laisser tomber la nuit, le frémissement du vent me fit partir de là.
Je traversais les bois, et la lumière d'un lampadaire fit s'écarter l'obscurité. J'avais mon sac rempli d'un simple cahier et d'un appareil photo, la base pour capturer les moments. J'errais dans les rues, éclairés par les enseignes des magasins et des bars. Aucun endroit n'étaient à moi, mais c'était comme si le monde m'appartenait. Au fil de mes pas, le sommeil venait à moi, ma tête bourdonnait dans un amas de pensées, à la recherche d'un endroit où dormir, d'un endroit où je pourrais me poser. Une myriades de lumières s'imposèrent à moi, aveuglantes, irradiantes, comme les lumières d'une aire de décollage, vous savez, quand on est dans l'avion, et que les lumières défilent, qu'on sent venir la délivrance. J'étais dans un avion d'ailleurs, et mes yeux venaient de s'ouvrir. En direction d'Oslo. Pourquoi j'allais là-bas ? Pour retrouver des amis. Mais vraiment retrouver. J'avais passé un mois dans la masse des habitants de Brooklyn, dans sa miséreux comme dans ses beaux quartiers, allant à droite et à gauche, faisant mes recherches en discutant avec des gens de tous milieux. Maintenant, je partais à leur recherches. J'avais pu payer le billet en travaillant pour un libraire, le soir, ça avait été une drôle de boutique, ouverte 24 heures sur 24, et en vendant, je pu lire et rencontrer encore plus de gens. Dans l'avion, un bref coup d’œil autour de moi me fit évaluer l'ambiance somnolente, l'image typique du compartiment illuminé seulement des écrans et des spots de ceux qui ne trouvaient pas le sommeil et bouquinaient. C'était rassurant, et en même temps l'excitation d'à la fois voir le ciel de si près et de retrouver mes amis me marquait. Je rangeais mon, ordi et me rasseyait. Un dernier regard dehors et je m'endormis, fermant les yeux, perdus dans la réflexion en quête de solutions.
Le pilote annonça l'arrivée. Le ciel était bleu délavé, et des nuages passaient par-ci par-là. 20 minutes après, j'étais aux portes de l’aéroport, clope au bec et cherchant la direction du centre ville. En même temps, je m'arrêta pour essayer d'appeler mes amis depuis une cabine. Autour de moi, les voitures se relayaient les places, emmenant en leur sein des voyageurs, où au contraire en en récupérant pour les conduire au cœur de la banlieue. J'insérais ma pièce, écrasait ma cigarette, et attendis... Fallait qu'il réponde, j'avais pas plus envie que ça de vagabonder, je voulais me sentir avec des proches un peu. J'avais la solitude du social, celle qu'on ressent même quand des centaines de personnes défilent autour de vous, que vous parlez à au moins deux personnes par heures, que vous les écoutez attentivement et partagez des choses avec eux, et que malgré tout, vous aviez le sentiment d'être incompris. Sentiment que je n'avais pas quand j'étais avec mes plus proches amis. Le répondeur se déclencha, émettant la voix de Violette.
« Salut, c'est moi... Je viens d'arriver à Oslo, j'essaye de vous recontacter, je serais dans le centre ville. »
Je ne savais pas si c'était utile, mais au moins je l'avais fait. Il fallait maintenant que je trouve un endroit où dormir, puis ensuite je partirais à leur recherche. En attendant ma solitude pesait encore sur mon cœur, alors je mis mes écouteurs et partais avec la musique. [...]"
par Mr. Kanard