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Vis.

«        Je courais dans les rues pleines de passant, j'avais quitté mon travail sur un coup de fil, simple et rapide. J'avais seulement eu le temps d'entendre, dans un souffle discret et charmeur, une voix dire « Vis. Â» Ce mot avait eu sur moi l'effet que font certaines drogues, celles qui rendent activent et font circuler des chaînes et des chaînes d'aciers trempés dans mes neurones, un engrenage immense et d'une complexité biologique et métaphysique. Des rouages qui faisaient fonctionner mes muscles et mes pensées. Je courais, courais, bousculant les passants, ne prenant même pas le temps de m'excuser, l'air rentrait et faisait brûler mes poumons, je parcourais la ville comme un fou, comme si le monde s'effondrait à chacun de mes pas. Je devais vivre, c'est ce qu'on m'avait dit. Je ne sais pas qui, mais c'était dit. Et je ne savais pas non plus comment, je m'étais senti comme un gosse à l'écoute de cette voix, ni masculine, ni féminine, une voix à la fois douce et angoissante, comme si l'un entraînait l'autre. Ma course était effrénée, mon souffle se coupait, mais à l'intérieur de moi, l'envie, le besoin de courir et de partir m'avait assaillit, et j'avais perdu la lutte. Je m'étais doucement laissé aller, retours aux bases, insulter le patron, bousculer le portier, et partir, le rêve de chacun, la honte de beaucoup aussi. Honte de vouloir être heureux et de se dire qu'il y avait d'autre choses que ce que nos yeux voyaient. Étouffer. Mettre sa cravate ou se serrer le cou d'une corde revenait à la même chose. Les nuages donnaient une atmosphère encore plus pesante à tout ça, on aurait dit que la météo de nos esprits déteignait sur le temps. Gris sale, nuages toxiques d'émotions fermentées, de rêves pourris, ramassés sur eux même, qu'on a jeté dans un coin de la pièce, comme de vieux jouets. Je vois tout ça. Je vois d'une logique autre que celle de d'habitude. Et j'en augmente mon allure. Plus vite, le corps tiendra, il faut savoir le maîtriser. Je fais une pause, je m'arrête, haletant, je crache, j'enlève ma veste. Je suis devant un bar, un peu plus loin, les panneaux indiquent la plage. Les passants me regardent et s'écartent, évitant soigneusement tout contact. Je reprend ma route en marchant d'abord, je regarde autour de moi, la rue est assez bien fréquentée, et les vitrines impitoyables et stoïques me rappellent ce que je suis, actuellement ; un gars paumé en chemise/cravate, les cheveux trempés de sueurs, les yeux rougis par la fatigue, je devais avoir l'air perdu, pourtant, à l'intérieur de moi, j'étais persuadé d'avoir quelque chose à faire, de partir. Je regardais le panneau qui indiquait la plage, je m'en approchait, d'un air soucieux, pensif, avec la lenteur d'un animal qui se sent traqué, et la réponse vint, claire et chaleureuse, qui dansait dans mon cÅ“ur et mon estomac. Danse de joie, frénétique et entraînante, jusque dans mes jambes, qui repartirent dans une course folle. [...]

Il vit le sable, courut tout en enlevant ses chaussures, manquant de tomber, déchirant sa chemise et riant. Il tomba, se releva, continua à se déshabiller pour finir en caleçon, foulant le sable comme une terre retrouvée, la plage à toujours fais rêver et cauchemarder les enfants. Il se mit à l'eau, trempant ses cheveux, gesticulant, se noyant presque, et ce fût ainsi pendant vingt minutes. Il revint ensuite sur le sable, fouilla dans la poche de son pantalon pour en sortir un cigarette, l'alluma, et regarda le ciel, lieu magique et angoissant de par son immensité, et il se dit, il se convainquit qu'il devait partir, aller de l'autre côté de la mer, faire comme la voix le lui avait dit : "Vivre." »

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